Quand la Jaguar E-Type est dévoilée au Salon de Genève en mars 1961, elle provoque un choc. Avec son capot interminable, ses lignes fluides et ses performances annoncées, elle donne l’impression de venir d’une autre époque. Plus de soixante ans plus tard, cette impression n’a pas disparu : la E-Type reste l’une des plus belles voitures jamais dessinées.
Une présentation qui marque les esprits
Jaguar choisit Genève pour révéler le modèle, en version coupé et en version cabriolet. Le constructeur britannique, connu pour ses voitures élégantes et rapides, vient de réussir de belles années en compétition, notamment aux 24 Heures du Mans avec les Type C et Type D. La E-Type prolonge cet héritage sur route ouverte.
À l’époque, la voiture est annoncée pour une vitesse maximale proche de 240 km/h, un chiffre exceptionnel pour un modèle de cette catégorie. Son prix, très inférieur à celui de ses rivales italiennes, la rend en outre plus accessible. Sur le marché nord-américain, elle est connue sous le nom de XK-E.
Un dessin guidé par l’aérodynamique
La forme de la E-Type est l’œuvre de Malcolm Sayer, ingénieur aérodynamicien de Jaguar, qui avait déjà signé les lignes des voitures de course de la marque. Il s’inspire de l’efficacité de la forme plutôt que de l’ornement, ce qui donne cette silhouette tendue, aux courbes continues et sans accessoire superflu.
Ce dessin très pur lui a valu une réputation d’œuvre d’art. On raconte qu’Enzo Ferrari lui-même l’aurait qualifiée de plus belle voiture du monde, même si l’anecdote est souvent rapportée sans preuve précise. Ce qui est certain, c’est que le musée d’art moderne de New York a acquis un exemplaire pour sa collection permanente, preuve de son statut de référence esthétique.
Une mécanique à la hauteur
Sous le long capot, la E-Type reçoit le six cylindres en ligne XK, un moteur déjà éprouvé en course, dans sa première version de 3,8 litres. Il sera ensuite porté à 4,2 litres. La voiture bénéficie de freins à disque aux quatre roues et d’une suspension arrière indépendante, des équipements avancés pour une voiture de ce prix à l’époque.
Trois grandes séries se succèdent :
- la série 1, entre 1961 et 1968, la plus pure et la plus recherchée des collectionneurs ;
- la série 2, à partir de 1968, dont la face avant est modifiée et adaptée aux normes de sécurité ;
- la série 3, à partir de 1971, animée par un moteur V12 de 5,3 litres, plus doux et plus puissant.
La production s’est arrêtée en 1974, après plus de soixante-dix mille exemplaires construits. Les versions les plus anciennes sont aujourd’hui les plus prisées, en particulier les premières voitures de la série 1.
Une voiture pour les stars
Dès son lancement, la E-Type devient un symbole de la culture des années 1960. Elle apparaît dans les rues de Londres, dans les films et dans les magazines, et attire l’attention de nombreuses célébrités. Elle incarne un style de vie à la fois sportif et raffiné, propre à cette décennie.
Ce statut de voiture culte a sans doute contribué à sa survie : beaucoup de propriétaires l’ont conservée, restaurée et fait rouler, si bien qu’elle reste très présente dans les rassemblements de voitures anciennes.
Acheter et entretenir une E-Type
Pour qui rêve d’en acquérir une, quelques points sont à surveiller de près :
- l’état de la caisse et du châssis, sensibles à la corrosion ;
- l’authenticité et la cohérence des numéros de série ;
- l’historique d’entretien, avec des factures précises ;
- l’état de la mécanique, notamment du refroidissement du moteur.
Il est recommandé de faire expertiser le véhicule avant tout achat, car les restaurations approximatives sont fréquentes sur les modèles les plus cotés.
En résumé
La Jaguar E-Type a réussi ce que peu de voitures accomplissent : être à la fois un exploit technique, une œuvre d’art et un succès populaire. Son dessin intemporel et son caractère lui assurent une place de choix dans l’histoire de l’automobile. Elle prouve que la beauté et la performance peuvent aller de pair.


